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Des bancs d'essais

La mise en oeuvre d'un programme comme celui des plans d'accompagnement agroenvironnementaux ne se fait pas du jour au lendemain. En effet, la méthode diagnostique a d'abord dû être élaborée et testée avant d'être validée. Il s'agit en fait d'un procédé qui vise l'atteinte d'un bilan phosphore équilibré en proposant des solutions adaptées à la situation de l'entreprise. C'est ainsi que les municipalités de Saint-Anges en Chaudière-Appalaches, de Sainte-Hélène-de-Bagot en Montérégie, de Saint-Edmond-de-Grantham dans le Centre-du-Québec et de Saint-Esprit dans Montréal-Laval-Lanaudière ont participé aux bancs d'essais qui se sont déroulés en 2002.

Ces municipalités sont toutes situées dans des zones d'activités limitées (ZAL), c'est-à-dire qu'elles sont toutes considérées comme ayant un surplus de phosphore. Les bancs d'essais avaient pour objectifs « l'élaboration d'un diagnostic environnemental ferme par ferme et la proposition de solutions personnalisées aux surplus de phosphore dans l'optique de rendre les entreprises conformes au REA d'ici 2010. » Des 209 entreprises agricoles approchées pour participer aux bancs d'essais, 184 ont accepté l'invitation. Les diagnostics ont été conçus par le MAPAQ, en collaboration avec les clubs-conseils en agroenvironnement, les organismes de gestion des fumiers et des membres de l'industrie privée. Le bilan phosphore, le plan agroenvironnemental de fertilisation ainsi que le bilan alimentaire ont été déterminés sur une base « ferme par ferme » afin de quantifier l'ampleur des surplus de phosphore. Cette démarche personnalisée vise entre autres à ce que toutes les entreprises agricoles atteignent d'ici 2010, un équilibre entre la charge de phosphore pouvant être supportée par leurs sols et la quantité de matières fertilisantes épandues. Les abaques du REA définissent les doses de phosphore à appliquer en fonction de la protection de l'environnement, tout en assurant le maintien des rendements et la pérennité des entreprises.

Une exploitation est qualifiée d'entreprise en surplus lorsque la quantité de phosphore présente dans les déjections animales est supérieure à la capacité de réception des superficies d'épandage disponibles à l'agriculteur. Parmi les 184 exploitations ayant pris part aux bancs d'essais, 68 faisaient face à un surplus de phosphore. Cela signifie donc que 37% des entreprises participantes devront apporter des mesures correctrices d'ici 2010 afin de satisfaire aux exigences réglementaires imposées par le REA en ce qui concerne les surplus de phosphore.

Devant pareil diagnostic, diverses solutions ont été proposées mais seulement quinze ont été validées et retenues pour le PAA . Elles sont regroupées selon trois niveaux. Le premier concerne la réduction de la charge de phosphore et propose des mesures comme la réduction de la fertilisation phosphatée et la diminution de la teneur en phosphore de la moulée. Les solutions du second niveau visent à augmenter la capacité de disposition de l'entreprise, par exemple, en augmentant les exportations de fumier ou en optimisant l'utilisation des terres possédées. Enfin, le troisième niveau comporte des mesures très variées (l'achat de nouvelles terres, le traitement des déjections animales, la réduction du cheptel, etc.) qu'on peut considérer comme des modifications structurelles de l'entreprise.

Bref, les bancs d'essais sont venus confirmer la pertinence d'une approche ferme par ferme. En effet, l'efficacité de la production est très variable d'une entreprise à l'autre de sorte que le bilan phosphore et le bilan alimentaire s'avèrent des outils indispensables à l'obtention du portrait agroenvironnemental réel de chaque entreprise. La méthode proposée permet ainsi à l'entreprise d'évaluer les différentes possibilités de réduire les rejets de phosphore qui s'offrent à elle, et de choisir l'action ou la combinaison d'actions qui lui convienne le mieux.

L'expérimentation faite au cours des bancs d'essais conclut que tous les cas de surplus peuvent être réglés à l'aide des mesures agroenvironnementales proposées par le MAPAQ dans le cadre de son plan d'accompagnement ferme par ferme. C'est ainsi qu'a été élaborée la démarche du PAA. D'autre part, l'implantation du programme des plans d'accompagnement agroenvironnementaux repose sur les clubs-conseils en agroenvironnement. En effet, les conseillers des clubs-conseils sont les principaux mandataires de la réalisation de PAA.